En réaction à la fermeture des clubs en raison de la crise sanitaire, la pratique du bridge s’est développée en ligne. Avec succès et solidarité.

La France compte 1.130 clubs de bridge. Vingt-neuf comités sont réunis au sein de la Fédération française de bridge.
Le bridge a fait sa révolution numérique, se félicite le président de la Fédération française de bridge (FFB), Franck Riehm. Mais ce « bond de dix ans dans les apprentissages » ne s’est pas fait du jour au lendemain.

En mars 2020, avec le premier confinement, la pratique du bridge s’interrompt brutalement. Un crève-cœur pour les quelque 100.000 membres de la FFB, pour qui le jeu est souvent un ciment social. Pour autant, à la réouverture des clubs, début juin 2020, tout le monde ne revient pas. Par peur du virus, malgré des règles sanitaires strictes. Mais aussi parce que ces mesures sont vécues comme un frein à la convivialité du jeu. François Texeraud, président du Bridge club niortais (Deux-Sèvres), voit à peine la moitié de ses 163 membres revenir durant l’été.
Puis, fin octobre, le deuxième confinement sonne le glas de tous les espoirs de retour à la normale. Une fois l’abattement passé, la fédération décide d’avancer « à marche forcée » pour tenter de proposer les meilleures alternatives possibles aux joueurs en mal de pratique. « On lance alors toutes les idées qu’on n’avait pas eu le temps de mettre en place au premier confinement », raconte le président de la FFB. Au menu, initiation sur YouTube, perfectionnement sur Zoom, matchs commentés en direct sur Twitch, revue numérique de perfectionnement, animations comme « Questions pour un bridgeur »…
« La capacité d’adaptation a été très forte » Du côté des clubs, les joueurs les plus motivés se tournent vers des plateformes préexistantes : Funbridge et BBO en tête. Mais la frustration est grande. « On pouvait se retrouver face à des joueurs du monde entier, sans avoir la possibilité d’échanger », regrette le président niortais François Texeraud.
Puis, le 15 janvier, la fédération fait nombre d’heureux en se lançant sur RealBridge (1). « C’est extra, s’exclame François Texeraud. Vous voyez vos partenaires comme à une table classique, avec les mêmes fonctionnalités. C’est excellent pour la convivialité ! »
Pour que les clubs puissent proposer des tournois à leurs membres, des arbitres sont formés. La fédération développe des supports pour aider à la prise en main de l’outil. « La capacité d’adaptation a été étonnamment très forte, se réjouit Franck Rhiem qui fait état d’un million de connexions entre janvier et mars. Des gens qui n’avaient jamais touché à ces outils s’y sont mis, des joueurs ont bénéficié de l’aide de responsables de clubs, d’arbitres, d’enseignants et d’autres licenciés. Certains clubs se sont même transformés en hotline pour conseiller leurs membres. »
Les joueurs de chaque club peuvent ainsi se retrouver, par écrans interposés, pour organiser des tournois. Au Bridge club niortais quatre tournois par semaine sont proposés. Et, pour ceux qui ne seraient pas rassasiés, il est possible, en un clic, de s’inscrire à une centaine de tournois quotidiens à travers toute la France. « Tiens, pourquoi on n’irait pas jouer à Carcassonne ?, s’interroge avec joie François Texeraud. En plus, on reste en chaussons, on ne prend pas la voiture, c’est parfait. » Quand il veut jouer avec sa « partenaire de choix » – sa femme – rien de plus simple : chacun se met à un bout de la maison, face à son écran et c’est parti !
Le président du club niortais n’en oublie cependant pas ceux qui sont exclus de cette pratique : « On ne retrouve pas le nombre de joueurs qu’on avait avant la crise, il y a des personnes qui ne peuvent pas se servir de ces outils ou qui ne sont pas assez bien équipées (il faut un ordinateur avec une webcam). »
Initiation gratuite Et François Texeraud s’inquiète : « Après la crise, que vont devenir les clubs ? » Franck Riehm tient à le rassurer : « La fédération aidera bien évidemment les clubs à retrouver leur fréquentation d’avant. Le numérique ne s’oppose pas au présentiel. Mais il permet notamment d’intéresser de nouveaux publics : les jeunes, les actifs qui n’ont pas le temps d’aller en club ou ceux qui sont trop vieux pour se déplacer. Il vaut mieux qu’ils jouent en ligne plutôt que pas du tout. »
D’ailleurs, pour ceux qui voudraient s’initier au bridge, la fédération a lancé récemment un module gratuit d’initiation en ligne (2).
(1) Pour avoir accès aux tournois, allez sur le site de la FFB, connectez-vous avec votre N° de licence et un mot de passe, puis cliquez sur « inscription tournois clubs ». (2) Sur worldofbridge.ffbridge.fr.

Publié le NR Niort

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